Les Américains à Auribeau


Notre ami Amor MOUAS nous avait régalés avec son texte « Il était une fois AURIBEAU » voir : http://skikdamag.aliceblogs.fr/

Dans la continuité  de cet article, il a entrepris de nous narrer quelques anecdotes vécues, tour à tour amusantes, réalistes, parfois tragiques, mais toujours sincères et bien écrites… Nous vous les proposons sous la forme d’épisodes que vous pourrez découvrir sur ce blog le premier chapitre: l’arrivée des américains à AURIBEAU et les graves conséquences de leurs négligences… Un récit à savourer sans modération en cliquant sur ce lien pour ouvrir le fichier PDF:

http://www.archive-host.com/compteur.php?url=http://sd-1.archive-host.com/membres/up/113791789725993136/Recit_dAmor-1943__les_americains_I.pdf

 

Bien amicalement

SkikdaMag

Les Américains, le Bouc, le Taleb et les autres

1943

 

Auribeau a payé un lourd tribu à la première et seconde guerre mondiale en donnant beaucoup de ses fils des deux communautés partis au combat défendre leur pays contre les invasions meurtrières que l’on sait. Les inscriptions sur les marbres du cimetière chrétien, les faits d’armes rapportés de bouche à oreille, certains sont même diffusés actuellement sur le Net dans le site des Anciens Combattants où l’on retrouve des noms de musulmans Auribeaudois auteurs d’actes de bravoure à Verdun , dans la Somme etc.… Beaucoup de nos compatriotes ont fait la guerre d’Indochine et la seconde guerre mondiale sans revenir comme en témoignent certains survivants grands invalides riches en décorations ; l’un de ces rescapés  T.Hocine. promène encore au village sa  fière silhouette de soldat malgré une jambe en bois et un œil en verre qu’il a « gagnés » à Dien Bien Phu en 1954

 

 C’est ainsi qu’en 1943 les Américains se sont « invités »  à Auribeau où ils  étaient en cantonnement, certainement avant d’aller rejoindre les combats qui faisaient rage en Cyrénaïque, opposant l’armée Anglaise à l’Africa korps.

Les troupes de réserve anglaises bivouaquaient quant à elles au «  ghaout » un bois  fait de garrigue  du côté de la ferme ayant appartenu à M. Charles Spiteri, les spifires  évoluaient chaque jour dans le ciel d’Auribeau  et des alentours pour se poser à l’aérodrome de fortune d’ « El comminal » de Jemmapes.

 Durant le séjour  des troupes américaines, les Auribeaudois se souviennent d’une armée presque « indisciplinée » tellement la désinvolture traditionnelle des Yankees heurtait l’austérité des gens d’ici. Ces troupes généreuses distribuaient, aux personnes qui les approchaient des vivres et des vêtements usagés, en surplus dans les stocks de guerre ; cette manne était la bienvenue en une période de contingentement   où tout était réparti au moyen de tickets de rationnement: le café, le sucre, le blé, l’huile, le savon, le minimum vital en somme.

 En quittant le village, plus précisément au flanc des collines au-delà de l’Oued Hamimine où ils avaient dressé leur campement sous des tentes, les soldats américains, à l’insu de leurs chefs, avaient enterré sur place d’importantes quantités de pataugas avec guêtres, des treillis flambant neufs, des pull over  des ustensiles  de cuisine telles des gamelles et des tasses à café en alu dont des exemplaires  nous sont parvenus longtemps après la guerre ;  en cette période où  tout manquait, ces objets ont fait le bonheur des riverains qui épiaient de loin les mouvements des troupes pour se ruer à leur départ sur le butin enfoui dans le sol.   

 

En armée  bien organisée, les exercices militaires  étaient quotidiens; c’est aux flancs des collines où prend naissance la source d’Aïn-Zitari au sud du village que les troupes exerçaient leur talent de l’art militaire par des exercices de tirs, des simulations de combats et tout le reste ; mais dans leur négligence, ils laissaient sur place des munitions et surtout des grenades, des engins de mort qui ont causé pas mal de dégâts à l’époque …

 

Belkacem S., taleb de son état dispensant l’enseignement religieux    dans  une  école coranique de la Mechta (groupe de maisons),   mais aussi à l’occasion écrivain d’amulettes dont étaient friandes nos grands-mères, avait pour inséparable  compagnon un bouc qui l’accompagnait dans toutes  ses aller venues comme le ferait un chien fidèle à son maître.

En cet été torride de 1943   le vénérable taleb avait pour habitude, lorsque le soleil est haut, brûlant tout au sol, de prendre un peu de repos allongé sur une rudimentaire couche de feuillage sous un arbre  rendant la fraîcheur, son bouc faisant de même à ses côtés en ruminant quelques touffes de paille qui ne manquent pas en cette saison de moisson. Sur ce, survinrent trois fellahs, des moissonneurs sans doute  dans ces coteaux à blé, avec un étrange objet trouvé sur les lieux où les militaires faisaient leurs exercices. Nos trois écervelés ont vite compris l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer en décidant de le fracasser entre deux pierres pour récupérer la poudre qu’il contenait et la vendre aux chasseurs pour en fabriquer des cartouches. Mais le sort en a décidé autrement: dès les premiers coups de pierre, la grenade a explosé, emportant nos trois découvreurs, le bouc et le Taleb…: une bien triste histoire due à l’ignorance et au besoin en cette période difficile. Les Auribeaudois qui se souviennent de ce regrettable évènement le racontent néanmoins avec un certain humour propre aux gens simples et fatalistes.

 Deux autres compères, M.Ali. et M.Rabah., – le premier d’entre eux est toujours parmi nous, plus rusés que l’infortuné taleb et ses compagnons, ont eux aussi  découvert une grenade dans les champs, mais forts de l’expérience désastreuse de leurs compagnons déchiquetés par un engin semblable, ils avaient décidé de le détruire pour le soustraire à la tentation de bergers qui ne manquaient pas dans ces champs de chaume et d’arbustes prisés par les chèvres et autres animaux de trait. Animés de l’ingéniosité de gens simples qui savent instinctivement trouver une issue aux situations les plus délicates, nos trois compères ont enseveli la grenade sous un grand tas de paille, ont tiré une longue « mèche » avec des brindilles de paille à une distance respectable, allumé le feu à l’autre bout en prenant la précaution de s’allonger par terre pour échapper aux éclats .Le dispositif a fonctionné, le feu a atteint le tas de paille qui s’est entièrement consumé sans qu’il y ait eu  la moindre  déflagration… Pensant que la grenade était défectueuse, les deux complices se sont relevés  et à ce moment là « boum !!» l’engin a explosé après que la température se fut élevée dans la charge explosive; fort heureusement  les deux lurons se trouvaient à une distance assez éloignée …   Depuis , dans les logis et  les cafés maures du village, les Auribeaudois, des gens  aimant la gaîté,  se remémorent autour d’une kahoua ou d’un thé, ces histoires du temps passé, époque qu’ils regrettent malgré le besoin et une vie difficile pour toutes les communautés en période de récession mondiale conséquence de la crise  boursière de 1929 et des guerres.

 Nos deux communautés étaient en ces temps là unies par le sentiment de ceux que l’adversité rassemble, c’était une époque de sincère fraternité née sur les champs de bataille, et aussi dans les labours, dans les vignes, les vergers,  dans ces terres autrefois incultes qu’ils ont arrachées ensemble, parfois à mains nues, aux marécages, aux ronces, aux lentisques et au ciste poisseux qui recouvraient entièrement cette contrée.   

 

                                              Amor MOUAS   enfant d’AURIBEAU.

                                                       A suivre

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4 commentaires pour Les Américains à Auribeau

  1. Gilles du Montplaisant dit :

    Je reviens bien tardivement sur les récits de Miloud et sur ces échanges de correspondance. C’est avec émotion que je découvre certains récits emplis de vécu et de ressenti. Que d’amitiés, que de fraternité dans ces lignes ! L’Histoire nous a dispersés, que de regrets !
    Nous reste la nostalgie.

  2. bendjemil dit :

    Merçi mon cher enfant d’auribeau et je vous demande d’autres sujets par exemple l’écriture sur les
    anciennes personnes comme ami cherif lekabyl et ami belkhodja-graine de la part d’un ancien enfant d’auribeau mais qui vit ailleurs.

    • Mouas dit :

      Bonsoir cher Auribeaudois
      Ne seriez- vous pas Tahar Bendjemil ? vous avez raison d’évoquer Cherif lekbayli qui travaillait à la ferme Charles Spiterri et sa célèbre bicyclette et Belkhodja ,deux personnages qui nous bien ont amusé dans notre enfance à travers leurs mémorables mésaventures. Vous trouverez sur skikdamag un récit intitulé » Mekki ,la fourche et le bourricot « où Belkhodja n’a pas été oublié…et d’autres récits encore sur le même site.
      Bien cordialement
      Miloud MOUAS pour les Auribeaudois .

      • auribeaudois dit :

        monsieur, mouas les deux compéres qui sont cités dans votre précédant réçit dont M.ALI qui est toujours parmis nous il s’agit de qui.merci mouloud

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