Mekki, la fourche et le bourricot


Mekki, la fourche et
le bourricot

 

Il est des familles qui ne ressemblent pas aux autres soit par l’opulence dans laquelle elles vivent des sagas célèbres, soit par l’adversité qui les poursuit.

Celle qui a laissé des souvenirs exquis aux Auribeaudois était une famille flamboyante à l’histoire pittoresque qui avait vécu pendant les années difficiles d’avant et d’après-guerre: il s’agit de la famille de Dehbia dont l’époux Mekki T. était une personne d’une rare bonhomie, accumulant aussi les maladresses ; il était accroc au tabac à priser qu’il humait, en marquant un temps d’arrêt, par petites pincées  dans ses narines ; des filets jaunâtres de tabac  suintaient du nez, jaunissant une moustache drue déjà rousse. Un jour que le battage du blé se déroulait au bas du village dans le ronronnement continu du tracteur entraînant la mythique batteuse, Mekki occupait le poste d’engreneur sur le plateau supérieur de la machine. Après une journée harassante de gestes répétitifs à manier la fourche aux  trois griffes pointues servant à engrener les gerbes de blé envoyées par plusieurs ouvriers au sol, Mekki , lassé par la tâche et étourdi par le soleil de l’été, n’avait pas trouvé mieux que de jeter l’outil à terre du haut de son perchoir, sans se soucier où il allait atterrir. Le sort avait voulu que la fourche lancée d’une hauteur de trois mètres vienne se planter dans la tête d’un autre Auribeaudois non moins exotique, Med Belkhodja G, collectionnant lui aussi les gags avec sa démarche alerte évoquant celle de Charly Chaplin. Croyant l’outil  fiché dans son crâne et attendant un quelconque écoulement de sang ou de cervelle, il avait saisi et maintenu en l’air à la verticale  avec ses deux  mains  le manche de la fourche ; aux ouvriers qui étaient accouru  pour l’aider à se débarrasser de l’outil   ridiculement planté dans le crâne, Belkhodja a opposé une farouche résistance, en vociférant que son cerveau risquait de sortir par les trous des blessures . Devant le tollé général déclenché par cette situation comique et les inepties qu’il proférait, la foule a pu le convaincre, avec adresse et insistance, qu’ils allaient colmater les blessures par les lambeaux du chèche qu’il portait en permanence et dont il ne se séparait que pour dormir… Des trous dans le crâne il n’y en avait point…: la bonne étoile de Belkhodja l’avait protégé ce jour-là: sous les  circonvolutions du  chèche il portait une chéchia, tressée à la main avec de solides cordelettes de laine, destinée, à se prémunir de la chaleur et du froid ; elle lui avait sauvé la vie  en stoppant les pointes de la fourche. Ne l’entendant pas comme ça, non content de l’issue heureuse de l’accident, l’adrénaline à son plus haut point, il ramasse calmement la fourche qui avait failli l’emporter ; comme un félin il s’est hissé au haut du plateau où Mekki  était resté,  hagard,  pour lui asséner une volée de coups de fourche  devant une assistance hilare. Le malheureux et doux Mekki ne faisait qu’esquiver les coups en courbant le dos jusqu’à la rupture du manche et la fin de la « punition ».  Mekki  avait possédé aussi  une fidèle ânesse attelée à une branlante charrette qu’il utilisait, moyennant de modiques sommes d’argent ou paiement en nature, pour transporter des denrées : blé ou  orge aux moulins du village, semences aux champs, ou effectuer des petits déménagements. A l’usure des aller et venues entre le village, les mechtas plus éloignées vers Oued-Mechakel  et les champs, l’animal avait décidé
de « rendre le tablier », un soir au retour vers le  bercail , en refusant d’avancer devant des passants étonnés par cette soudaine volte-face, elle avait planté ses quatre pattes dans l’asphalte au milieu de la route à l’intersection des routes menant vers Bône et Guelma, fort heureusement peu fréquentée par les engins motorisés rares en ce temps-là,  et refusait d’avancer malgré les coups que lui assénait de plus en plus violemment son maître ; tantôt la poussant par la croupe, tantôt la tirant par la bride, rien n’y faisait ; l’entêté animal avait décidé d’en finir avec cette vie de dur labeur et d’éternelle  exploitée  en se révoltant à sa manière. Devant la soudaine réticence  de son alliée des durs travaux de la campagne, voyant tous ses modestes  projets s’évanouir et l’espoir de nourrir sa famille menacé, Mekki. hors de lui, perdant  patience, et taquiné par les badauds, avait asséné un violent coup de tête à l’ânesse qui ne cilla pas mais du sang colora le poil gris de la tête de la bête ; croyant l’avoir blessée, Mekki la menaçait maintenant de lui ouvrir le crâne si elle ne s’exécutait pas … ne sachant pas dans sa légendaire naïveté que le sang provenait de la blessure qu’il s’était faite lui-même au front en cognant sur la tête de l’ânesse, bien plus dure que la sienne.

Les Auribeaudois se souviennent de Mekki, ils se remémorent souvent sa dernière maladresse qui lui avait coûté cette fois  la vie: lorsqu’il était employé à la cave coopérative face à la gare et un peu en retrait, par une de ces torrides journées d’été, au moment des vendanges, il s’était introduit par la trappe inférieure dans une cuve à vin vide  pour savourer une sieste méritée au moment de la pause déjeuner; Mekki s’était allongé à même le sol frais de la cuve, ne sachant pas que c’était là son lit de mort, dans un linceul de gaz carbonique produit par la fermentation du marc de raisin  plus lourd que l’air qui s’était déposé au fond de la cuve et avait  été fatal à notre charmant compatriote.

Depuis, c’est en se remémorant inlassablement  ces histoires vécues du temps passé que les Auribeaudois égrènent les souvenirs d’une époque certes dure à vivre pour toutes les communautés, mais heureuse dans cette insouciante ambiance qui régnait dans notre magique petit village. Sans le savoir et sans le vouloir les petites gens de cette époque vivaient selon la devise « carpe diem » ; profiter  du jour présent sans se soucier du lendemain, une façon de vivre que les échoués des temps modernes envient certainement…
Amor MOUAS,  enfant d’Auribeau

A
suivre

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11 commentaires pour Mekki, la fourche et le bourricot

  1. yala kamel dit :

    Merci El hakim..on doit surement se connaitre..pour le moment je ne sais pas qui tu es?..Je voudrais bien que tu me le dise..qui sait on pourra peut-etre s »échanger des souvenirs d’enfance..de classe etc…je compte sur toi..j’attend.je ne terminerai pas sans saluer mon ami ghani bendjemil…et tous les auribeaudois..

  2. el hakim dit :

    merci monsieur mouas et je passe le bonjours a Kamel yaalla et Hocine

  3. AURIBEAUDOIS dit :

    CROYEZ MOI MESSIEURS J’AI TOUJOURS PLEURE AURIBEAU

  4. yala kamel dit :

    tragique.triste.émouvante.fut l’histoire de Mekki tobal.c’était un homme généreux et aimable.moi je l’ai connu quand il était ouvrier a la cave pendant les périodes de vendange.on se rendait souvent a la cave moi et mon cousin azzouzi hocine.le fils de cherif azouzi qui était responsable de la cave..le jour de sa mort.je me rappelle comme si c’était aujourdhui..que dieu ait son ame.son épouse dehbia était aussi une femme fantastique et adorable..le bonjour a hocine belaribi..eta auribeaudois ghani….merci mr Mouas pour ce recit bouleversant et émouvant..

  5. auribeaudois dit :

    salut mouas, souvent je me souvient le jour de la mort du défunt mekki,tobbal ce jour la j’étais présent a la cave « d’elcoubania »j’ai peux etre 10 ans ,entraint de ramasser les trappes de raisin , qui tombent des tracteurs,soudain j’ai vu les travailleurs qui cours partout vers la foudre de la cave et ont retirer le cadavre du défunt c’est jour nuageux .aprés j’ai entendu le défunt zouzou bouazzizi qui dit domage le pauvre il est mort.

    • auribeaudois dit :

      Bonjour Houçine je ne suis pas un nouveau débarquer sur Auribeau, je suis né en 1958 à Auribeau et je suis un ancien camarade du défunt abbés(durant l’absence du chat la souris chante et danse) mon fils avant de parler sur les auribeaudois voir un flacon de synthol

  6. houcine belaribi dit :

    merci becoupe mr miloud ci ca ci le verie riboise ci pas les nouveaus debarque qui resides depuis 1980 vienne ici par un assiette de loubia pour residense ci les chefs des apc qui dounner des rachois et laisse habute ici rachoua de berchni et litre de mielle et un coq serdouque hhhhhhhhhh merc a fin coupee cette histoire veridique le verie riboise ci moi dite ain char

    • Mouas dit :

      Bonjour Hocine
      Je n’ai pas oublié l’mechehda arrosée de miel du pays que j’ai dégusté, en compagnie D’Elyette et Dominique ,chez ta gentille maman .
      merci pour ton chaleureux commentaire.

      Amor. ( Miloud pour les Auribeaudois.)

  7. houcine belaribi dit :

    merci becoupe pour cette phrases et belle eciture sur les ecienes ruboise ces la belles histoires

  8. Unknown dit :

    Un récit délicieux qui nous fait découvrir bien des choses sur l Agérie d’autrefois où toutes les communautés vivaient heureuses

    • RAIS dit :

      Bonsoir,

      Ma mère m’avait raconté l’histoire de Monsieur Mekki T. dieu et son âme qui avait été retrouvé inanimé dans la cave à vin. J’ai sa nièce qui habite à 500 mètres de chez moi, cette dernière nous a appris il y a quelques années que son ex épouse Dehbia était décédée dieu et son âme et a laissé deux fils qui vivent toujours à Auribeau. La famille TOUBAL était originaire de Tejenet une commune qui fait partie de la Wilaya de sétif. Ma maman a bien connu cette famille. Une histoire passionnante mais tragique et triste à la fois.

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