Le Jardin Maltais

 

LE JARDIN MALTAIS
Souvenir de jeunesse

C’était tout à côté de l’entrée de l’EAP … École d’Agriculture de FILIVILLE. Vague souvenir d’abord d’une réputation que l’on disait stricte, sévère, axée sur le labeur, la rigueur, le sérieux, l’économie.
Chez moi j’entendais dire : Ils ont dû souffrir ces Gens là ! A les voir tout à leur travail, comme quelqu’un qui veut oublier quelque chose, mais aussi ne penser qu’à avancer, avancer toujours. Et quand la réussite arrive enfin dans une de ces familles, alors point de triomphalisme, pas de signe extérieur de richesse exagérée. C’était tout du moins ce que nous constations à côté de notre maison. La famille (je ne me sens pas le droit de citer leur nom) avait réussi, pensez donc, ils étaient à la tête d’une vingtaine de vaches laitières je crois, avec quelques terres pour le fourrage. J’étais jeune et c’est bien plus tard que j’ai réalisé combien cette famille était respectable pour leur travail et leur réussite. Point de richesse excessive, le père avait toujours sa fourgonnette 203 qui nous emmenait, son fils et moi, vers cette ferme à St-Antoine où l’on pouvait s’amuser et quelque fois donner un coup de main.
Il y avait dans la cour de la ferme une femme chargée de faire cuire la Kesra : longuement cuite sur un kanoun, bien blanche, moelleuse à souhait pour le casse croûte du milieu de la matinée, car le petit déjeuner pris à 5 h était bien loin.
En fin d’après midi nous repartions vers la ville en emportant une dizaine de litres de lait qui allait dans les mains expertes de la mère faire un excellent fromage blanc. Et le lendemain vers les 11h45 mon copain sonnait à notre porte pour nous apporter une grande part de tourte maltaise épaisse et parfumée. Sur internet il y a beaucoup de recettes, avec ou sans petit pois, ricota ou broutche ou brouccio, pâte brisée ou pâte feuilletée, enfin chacun dans son coin possède la sienne. Quant à moi c’est de la pâte brisée, 300g de brousse, 50g de parmesan 3 œufs, sel poivre, le tout dans un plat a tarte de 25 cm de diamètre, et au four. Quel beau et bon souvenir ! Les Maltais, c’était aussi leur réputation d’économe que l’on traduisait par une plaisanterie que j’ai encore utilisée en répondant à un démarchage téléphonique : « vous avez quoi comme chauffage Monsieur dans votre maison ? » Ce à quoi j’ai répondu : « un chauffage maltais » « Ha bon, c’est quoi ? ». « C’est simple, quand vous avez trop froid aux mains et bien vous les mettez entre les cuisses et vous serrez les jambes ! » Il y a eu un grand silence suivi d’un grand éclat de rire : « je ne connaissais pas ce chauffage là, pourtant il m’arrive de l’utiliser comme tout le monde. »
C’est vrai que cette réputation d’économe allait jusqu’à la préparation du champagne maltais !!! :
Du vin blanc et de la limonade, astucieux non, quant on n’a rien de mieux. Les temps étaient durs pour beaucoup et l’image que certains se font encore de la richesse des Pieds Noirs est fausse…
Je me souviens encore d’une recette d’huile à l’olive, oui j’ai bien écris « huile à l’olive », car l’huile d’olive était bien trop chère pour en consommer tout le temps, certains la coupée avec de l’huile d’arachide, mais chez moi, ma mère mettait ¼ d’olives achetées chez le mozabite du coin, noires bien grasses et parfumées dans ½ litre d’huile d’arachide ce qui au bout de quelques jours donnait de l’huile à l’olive ou au parfum d’olives. Essayez et vous verrez c’est étonnant et délicieux. Mais là je ne suis pas sur que ce soit une recette maltaise, en tout cas c’était dans l’esprit.
Pour en revenir à la culture maraîchère maltaise vue par un spaghetti + patate comme moi, serait bien mieux expliquée par un « vrai de vrai » d’origine maltaise…..
Je voie ce petit verger, si mes souvenirs sont bons, à l’entrée de l’EAP : à droite, il y avait des agrumes et entre les rangées d’agrumes une ligne de raisin de table et entre ces lignes encore et toujours des artichauts et parce qu’il y avait encore de la place des carottes, des navets, des radis, du persil, tout ceci bien propre, bien aligné, pas un brin d’herbe pas une ortie. Que c’est beau l’Agriculture comme ça ! Je trouve que la nature est respectée, bonifiée par un incessant travail du sol, des ceps, des arbres. Je pense qu’il s’agissait d’orange maltaise demi-sanguine, quel parfum ! Quel sucre ! C’est certainement ce souvenir d’oranger plus celui que nous avions devant notre maison qui m’a enfin décidé à planter deux orangers dans mon jardin, acheté à la pépinière Bâches à EUS à coté de Perpignan. La première récolte est superbe : deux maltaise et cinq valencia late.
Pour quelqu’un comme moi venant de la ville, faisant des études agricoles parce que je ne pouvais rien faire d’autre compte tenu de l’insécurité que vous avez connu aussi ; alors que ma passion était plutôt la cuisine. Ils ont eus du mérite à l’EAP pour me faire aimer l’agriculture. Ils n’ont pas cependant réussi à m’inculquer le sens de la propriété. Car je me sens toujours locataire de l’endroit ou je me trouve. (Histoire drôle de chez nous : ousec tu bite msiou, réponse : chez ma femme. C’est mon cas) Par contre Ils m’ont appris le travail de la terre, le respect de la nature et le combat incessant pour arriver à son but. Peut-être qu’un jour j’irai à Malte pour voir s’ils sont aussi fort que ceux de chez nous. Faut dire que les Anglais les ont un peu……enfin j’espère que non. Rien que de rouler à gauche la tourte me remonte, quel dommage.

Je suis heureux de vous savoir en vie puisque vous me lisez.

Bouns (Alias Gérad Boutonné)

3 commentaires pour Le Jardin Maltais

  1. nourdine dit :

    son âme est parmi les siens, apaisé à phillippeville, qu’ il repose en paix .

  2. COSTA JEAN PAUL dit :

    C EST BIEN RACONTER J EN AI LE FRISSON DANS LE DOS MERCI

  3. ATTARD dit :

    marié à un maltais il me disait comme vous qu’ils étaient très économe et me disais – « à malte mieux que meurs ma femme que mon cochon, car la femme je la trouve mais le cochon je l’achète » – il m’a appris à faire la tourte maltaise comme sa mère mais avec des petits pois – mes enfants en raffole ainsi que toute la famille.-je l’ai emmené à Malte en julllet 1993 et le 25 décembre de la même année ces cendres ont été dispersées en mer pour rejoindre son Philippeville qu’il aimait tant

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